Mais à qui appartiennent les radios dites de Service public, France Inter et France Info en première ligne ? Que veut donc dire, dans les faits, être un media public ? Réponse : Radio et télé sont financées par l’Etat, donc par nos impôts. Par les impôts de tous ceux qui en payent, gauche, droite et extrêmes confondus. Il apparaît donc naturel que sur les antennes de ces médias s’expriment des opinions diverses, multiples, contradictoires, disruptives, tout comme l’est la société. Seule limite à l’exercice : tous les propos qui peuvent tomber sous le coup de la loi. Le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, la pédophilie, l’appel à l’insurrection et j’en passe la liste est longue.
Les rédactions de France inter et France info se sont mises en grève pendant deux jours pour protester contre l’arrivée à l’antenne, le week-end seulement, d’un nouveau chroniqueur, un journaliste sensé parler dans le micro pendant deux ou trois minutes pour commenter l’actualité. Charles Sapin, c’est lui qui a provoqué la fronde, est un journaliste professionnel, diplômé de l’une des meilleures écoles, le CFJ, le Centre de formation des journalistes. Il a travaillé au Point, au Figaro, au Parisien… Il est aujourd’hui directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, un hebdomadaire qui n’est certes pas franchement de gauche, condamné notamment en 2020 pour « incitation à la haine raciale » dans un article consacré à Danièle Obono députée LFI de Paris. Mais…
Ceci justifie-t-il cela ? La condamnation judiciaire du journal et des auteurs de l’article incriminé justifie-t-elle la mise à l’index d’un journaliste qui n’appartenait pas alors à la rédaction de Valeurs Actuelles et qui a fortiori ne peut être tenu responsable des propos fort justement sanctionnés par la justice ? La réponse est non ! Dès lors, les cris d’orfraie de certaines personnalités germano-pratines, la grève des journalistes, par ailleurs massivement suivie, oblige à rappeler la vraie nature -non pas de Bernadette- mais de ce service public. D’abord, il y a service qu’il faut comprendre, c’est du moins l’acception que le législateur a voulu donner au mot, comme se mettre à la disposition, se rendre utile, être au service de… Et puis il y a « public ». Le dictionnaire de l’Académie en donne la définition suivante : « ensemble de la population considérée comme un tout » Rien à rajouter !
Le service public n’appartient pas à un parti, à un syndicat, à une religion, à une secte. Son existence, et l’exigence de pluralisme qu’il porte sont un des piliers de notre démocratie. Outre le fait qu’ostraciser un confrère constitue une sorte d’interdit professionnel, refuser l’expression, pour le moins corsetée, d’un pluralisme idéologique dont les élections et les sondages nous indiquent qu’il vient du profond de la société, relève d’une police de la pensée que certains, ailleurs dans le monde, ne désavoueraient pas !
C’est au pied du mur qu’on voit le maçon disait mon père. C’est devant le micro qu’on voit le pro ! Laissons Sapin faire entendre sa différence. Sommes-nous à ce point frileux, déconstruits idéologiquement, que la moindre voix discordante nous fasse craindre l’effondrement de nos valeurs ? Et si par malheur, Charles faisait le Jacques, il y a des instances de contrôle, in fine l’institution judiciaire, pour mettre fin à des errements qui au jour d’aujourd’hui sont pure spéculation.
