Pour ce dernier conseil municipal de l’année, le maire de Moissac semblait avoir la tête ailleurs, préoccupé semblait-il par son téléphone qu’il avait du mal à quitter du regard. Craignait-il de mauvaises nouvelles ? En attendait-il une bonne? Le fait est qu’il n’a pas hésité à répondre à un long appel, abandonnant de facto l’examen des quelque 32 délibérations inscrites à l’ordre du jour. L’histoire bien-sûr ne dit pas quelle était la nature d’une si urgente conversation. Mais un peu plus tard dans la soirée, on apprenait une nouvelle candidature à la mairie de Moissac, une candidature venue de la droite celle-là.
Retour au Conseil. Le maire RN était pressé d’en finir, de se débarrasser de la corvée, n’accordant pas plus d’attention aux votes des élus qu’au vol d’une mouche. Cette désinvolture d’ailleurs interroge. Elle révèle en tout cas le peu d’intérêt que le maire porte aux échanges démocratiques. Elle raconte aussi dans quelle estime le premier magistrat de Moissac tient les élus, majorité et opposition réunies pour l’occasion dans le même panier.
Cependant l’opposition a eu un droit à traitement de faveur. En particulier les femmes livrées au détour d’un bon mot aux rires de la meute. Imperator maîtrisant parfois avec peine son ubris, le maire s’est mis à faire la leçon à certaines. Le procédé est éprouvé : l’infantilisation produit généralement les résultats escomptés. L’opposition s’est tue! Aurait-elle voulu donner la réplique, qu’elle ne le pouvait plus : il avait coupé les micros. Du coup, les questions qui fâchent, celles de l’UCM entre autres, sont restées sans réponse. Pourtant posées dans les temps et dans la forme requise, elles n’ont même pas été évoquées en séance, renvoyées aux calendes grecques. Déni de démocratie ! Opposition muselée ! Citoyens moissagais floués !
Alors, pour que nul n’en ignore, il faut savoir que les deux élus de l’UCM avaient demandé à connaître les conditions et le coût pour la ville de la venue de Jordan Bardella. Une curiosité sans agressivité mais légitime en démocratie. La projection d’un documentaire sur la municipalité de Béziers au cinéma Le Concorde avait agité quelque peu le landernau moissagais. La mairie avait-elle tenté d’en contrarier la diffusion comme le disait la rumeur ? Et puis il y a la drogue, les points de deal, et l’action de la mairie, curieusement silencieuse sur la question alors que ce commerce ravageur prospère jusque dans les villages les plus reculés de nos contrées. Mais ne désespérons pas : « tout vient à point à qui sait attendre » n’est-ce pas !